Silke, une pasteure globe-trotteuse, au service d’une « paroisse de l’Arc-en-ciel »!

Silke, une pasteure globe-trotteuse, au service d’une « paroisse de l’Arc-en-ciel »!


Silke Bartel est une sportive. Elle court, nage, aime se dépasser. Son parcours de pasteure cosmopolite parle de lui-même et on sent bien qu’elle n’a pas posé ses valises pour très longtemps dans ce coin calme et bucolique du Baden-Wurtenberg. Son témoignage nous rappelle qu’où que nous soyons, même dans un environnement piétiste, Dieu peut nous aider à faire rayonner l’accueil radical dans Son Eglise…

 

Joan Charras-Sancho : Silke, tu as fait un sacré tour du monde lors de ta formation et même pour exercer ton ministère. Parle-nous un peu de ton parcours !

Silke Bartel : J’ai tout simplement profité du fait qu’on puisse faire ses études de théologie un peu partout dans le monde. En plus, il y a partout des chrétien·ne·s et nos Eglises profitent énormément les unes des autres – ou plutôt elles devraient en profiter, trop souvent nous restons enfermer dans nos clochers, avec nos idées et préjugés. Alors, moi, j’ai commencé mes études dans une ville célèbre pour son travail avec des personnes malade et handicapé·e·s : à Bielefeld. J’ai poursuivi mon parcours à Hambourg et à Berlin puis en l’Afrique du Sud. Après mon vicariat, mon mari et moi sommes venus en France, plus précisément en l’Alsace. Entre temps, je suis retourné en Allemagne et je travaille maintenant pour l’Eglise de Württemberg.

 

Joan Charras-Sancho : Tu as toujours eu une théologie féministe et progressiste. Quel regard portes-tu sur les débats qui secouent régulièrement les Eglises quant à l’accueil et la bénédiction des couples homosexuels ?

Silke Bartel : Oui, je suis entre autre une théologienne féministe et progressiste mais pas seulement. La théologie de la libération sud-africaine est très claire sur ce point : nous adorons un Dieu qui est du côté des gens pauvres, discriminés, opprimés.  Cela ne veut pas dire qu’on romantise ces gens, ils sont et resteront comme tout le monde simul justus et peccator mais Dieu est très clair sur cela : devant lui il n’y a pas ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme… Nous sommes toutes et tous des enfants de Dieu et c’est notre tâche comme croyant·e·s de lutter contre les injustices, la discrimination, la violence, tout simplement parce Dieu ne l’aime pas. Hélas, nos Eglises sont trop occupées avec leurs petits jeux de pouvoir, elles ont souvent trop peu de foi, elles restent assez souvent dans leurs petits mondes de préjugés. Et c’est à mon avis aussi le cas concernant la question de l’accueil et de la bénédiction des couples homosexuels.

L’Eglise de Württemberg a au moins reconnu qu’il faut faire quelque chose pour s’occuper pastoralement de la situation et surtout des gens concernés. Elle a donc admis qu’existent des Prälaturbeauftragte für Homosexualität und Kirche – ce sont des pasteurs d’une région qui peuvent être contactés en cas de besoin. Moi, je suis par exemple une de ces mandataires. Il y a pas mal de gens qui nous contactent parce qu’ils sont homosexuels et croyants (pour les piétistes c’est un très grand problème !), parce qu’ils ont un enfant homosexuel et ils ne savent pas comment réagir, parce qu’ils aimeraient se marier aussi avec une bénédiction de Dieu dans une Eglise où ce n’est pas possible – en tout cas pas officiellement etc.

 

Joan Charras-Sancho : Ton Eglise actuelle est piétiste. Comment as-tu été accueillie et comment fais-tu avancer l’inclusivité dans cette Eglise assez conservatrice?

Silke Bartel : L’église de Württemberg a une histoire piétiste et alors aussi beaucoup de paroisses piétistes, mais pas seulement. Actuellement, je suis pasteure dans une paroisse à majorité libérale et j’étais bien sûr très bien accueillie. En revanche, la paroisse a décidé que si nous voulons être une paroisse libre et ouverte à toutes et à tous, nous devrions nous ouvrir davantage. Cela ne concerne pas seulement les personnes homosexuelles mais nous sommes aussi en train de créer par exemple un accès adéquat pour des personnes handicapées, cela concerne aussi les gens qui viennent dans notre église pour la première fois alors nous avons conçu une liturgie pour tout le monde etc. Concernant la question des personnes homosexuelles dans notre paroisse nous avons décidé de faire partie d’une initiative qui s’appelle Regenbogengemeinden = paroisse de l’arc-en-ciel.

 

Joan Charras-Sancho : Ta paroisse est sur le point de devenir une Regenbogengemeinden. Peux-tu nous expliquer de quoi il s’agit et comment cela s’est-il passé?

Silke Bartel : L’initiative du Regenbogengemeinden, l’initiative des paroisses de l’arc-en-ciel souhaite mettre en réseau les paroisses qui accueillent les gens qui vivent des formes de vie différentes et qui ont des différentes identités sexuelles. Le conseil paroissial prend ensuite la décision suivante : « Dans notre paroisse, nous sommes ouvert·e·s aux personnes lesbiennes et gays, à la bénédiction des couples de même genre, aux pasteures et pasteurs qui souhaitent vivre ensemble avec leur partenaire du même genre dans le presbytère. Il est évident pour nous que les personnes homosexuelles appartiennent à la paroisse. Les personnes avec des formes de vies différentes et avec les identités affectivo-sexuelles différentes sont les bienvenues chez nous ! »

 

Joan Charras-Sancho : Tu connais le travail d’Accueil Radical. Quels sont tes espoirs pour le protestantisme en matière d’inclusivité et quels sont tes questionnements?

Silke Bartel : J’aimerais que nous apprenions à nous respecter – avec nos différences, nos peurs et nos espoirs. Et puis de trouver une solution de vivre paisiblement les uns avec les autres. C’est beaucoup plus faisable que nous le pensons quelque fois. Et ne l’oublions pas : nous sommes tous et nous resterons des enfants de Dieu quoi qu’il arrive !

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