Monseigneur Jacques Gaillot croit en un avenir ouvert et radicalement accueillant!
Monseigneur Jacques Gaillot a été invité dans le cadre du cycle des célébrations inclusives voire interreligieuses de la paroisse St Guillaume de Strasbourg.
Le hasard du calendrier a voulu qu’il vienne peu de temps après la série des attentats sombres du mois de novembre ; par bonheur, la conférence qu’il avait prévue s’intitulait justement
« L’avenir est ouvert. »
Joan Charras Sancho, collaboratrice du pasteur Christophe Kocher pour ce cycle inclusif et interreligieux, a profité de l’occasion pour interviewer Monseigneur Gaillot,
et lui a remis, au nom de la paroisse L’accueil radical. Florence Mulot, membre du groupe inclusif de prière de Sélestat, était là aussi.
Bonhomme, avec une présence d’une grande finesse tout en bienveillance, Jacques (je dois l’appeler aussi sur sa demande !)
a répondu à toutes mes questions avec humour, vivacité et profondeur. Plus qu’une interview, ce fut un moment de communion.
Joan Charras Sancho : Jacques, vous savez que je suis co-éditrice d’un livre traitant de l’accueil radical, qu’est-ce que ce terme vous inspire ?
Monseigneur Jacques Gaillot : Écoutez, je le découvre. Je connaissais accueil inconditionnel mais je suis heureux de découvrir, avec vous, ce terme « accueil radical. » Vous voyez, à mon âge j’apprends encore ! Je dirais que si je comprends bien, l’accueil radical, c’est simplement accueillir les gens tels qu’ils sont mais pas tels que je voudrais qu’ils soient.
Les accueillir avec leurs questions, leurs problèmes. Écouter, être là. Découvrir des situations qu’on n’imaginait pas. Sans demander des précisions.
(Il sourit et réfléchit un instant, je sens qu’il va raconter une histoire personnelle).
Regardez, voilà ce que je comprends quand vous dites accueil radical : je suis bénévole dans une association d’aide au logement. L’un des responsables, Mourad, me parle d’un jeune papa, Michel ; il veut que je lui parle alors je suis Mourad et on va dans la conciergerie dans laquelle il loge, avec sa femme et le bébé.
Michel me reçoit et me demande, comme ça : « Est-ce que vous accepteriez de baptiser mon enfant ? »
Ils sont là, ils m’ont demandé de venir. Je ne pose pas de questions, sur une éventuelle paroisse ou s’il connaît un prêtre. Je dis juste oui, sans même demander quand le baptême aura lieu, dans quelle paroisse.
JCS : Ce parallèle que vous faites entre l’accueil radical des couples et des familles arc-en-ciel et cette demande de baptême d’un jeune père éloigné de l’Église, je trouve ça fort. Pour vous, il y a un lien pastoral ?
MJG : Oui, en fait je ne cadre plus, je ne cherche plus à poser des questions indiscrètes. Parce que ces questions, « où, quand, avec qui ? », je les ressens maintenant comme une façon de vouloir tâter le terrain. Et moi, je suis vieux vous voyez, je n’en ai plus besoin. Tout ce que je veux, c’est être du côté des gens.
Florence Mulot : C’est une écoute dans le non-jugement.
JCS : Comment vous situez-vous, vous qui êtes prêtre catholique, vis-à-vis de la hiérarchie, du droit canonique ?
MJG : Comme je vous l’ai dit, ça y est j’ai 80 ans et je ne veux plus être enchaîné. Il faut sortir des chaînes qu’on peut avoir. Il faut accepter que les gens soient dans toutes sortes de situations.
JCS : Des clercs, prêtres, pasteurs et d’autres encore, ont annoncé publiquement qu’ils refusent de baptiser des enfants issus de PMA ou de GPA. Quelle a été votre réaction ?
MJG : Oh, ça me donne des boutons…on ne doit pas faire peser un poids comme cela sur des enfants, sur des familles qui portent bien assez.
JCS : Vous savez, en tant que chrétiens inclusifs, on nous dit souvent « Ah mais vous acceptez tout et n’importe quoi ! » Est-ce que c’est quelque chose dont on vous accuse aussi ?
MJG : Oui, on me le dit souvent. Mais moi je crois en la première rencontre, vous savez quand je rencontre quelqu’un pour la première fois, un lien se crée. Ce que je veux, c’est que lors de cette première rencontre, la personne en face de moi comprenne que je suis un frère pour elle. Je souhaite qu’elle sente qu’on est à égalité. Oui, la première fois est primordiale !
Après, on se revoit. On se connaît, on discute. Et c’est là, parfois, que j’exprime un désaccord. Parce que voilà, quand les gens sentent qu’on les aime bien, on peut leur dire les choses.
JCS : Vous savez que lorsque j’ai dit à des amis chrétiens inclusifs, je pense notamment à deux amis gays, que j’allais vous rencontrer, ils m’ont dit « mais ça fait des années qu’on échange des mails, des courriers, des textos ! »
MSG : Ah oui. C’est vrai ça, j’entretiens des relations avec toute une nébuleuse de gens, de partout.
Ils m’écrivent, bon, je lis leurs histoires, et j’essaye de leur répondre quelque chose, d’être là pour eux.
Voilà, c’est comme ça que je fais.
JCS : Vous savez, parfois des personnes homosexuelles, célibataires ou en couple, se demandent si elles ont accès à la communion, à l’eucharistie. Quelle est votre position à ce sujet ?
MSG : Déjà, la communion n’est pas faite pour les gens bien portants mais pour que toute personne puisse la prendre, si c’est son choix. Je suis pour que les gens décident eux-mêmes si c’est ce qu’ils veulent.
Je me rappellerai toujours de ce Noël à la prison d’Evreux. J’ai célébré une Messe et j’ai fait mon petit discours : « que toute personne qui reconnaît Jésus comme Sauveur s’avance pour communier», ou quelque chose de ce goût-là, j’étais plus jeune, vous voyez. Je disais encore des choses comme cela.
La pièce était remplie et je ne sais pas s’il y avait tellement de catholiques ce jour-là mais je peux vous dire que tout le monde a tendu la main pour recevoir l’hostie ! Bref, à quoi ont bien pu servir mes paroles et les dogmes derrière : ils en avaient tous envie et besoin.
Cela dit, sur le moment, je ne m’en suis pas trop vanté !
(On termine l’interview sur un grand éclat de rire).
Cet entretien a été publié dans la revue Cultures&Sociétés, Sciences de l’Homme, n°38, avril 2016, sous le nom « Dialogue avec…Monseigneur Jacques Gaillot », p. 81 à 84, L’Harmattan