« Les Eglises face au mariage des couples de même sexe » : retour sur la journée doctorale du 26 février 2016
Cette journée doctorale a été organisée par deux enseignantes en théologie pratique, Christine Aulenbacher (faculté de théologie catholique de Strasbourg) et Isabelle Grellier (faculté de théologie protestante de Strasbourg).
Tenue dans la salle Pateur du Palais Universitaire, elle est introduite sur les documents officiels dans ces termes :
« La banalisation de l’homosexualité et la demande des couples de même sexe de pouvoir s’unir par le mariage comme les couples hétérosexuels interrogent la compréhension traditionnelle du mariage qui a longtemps été portée par les Eglises. A travers l’analyse de prises de position d’évêques de France et celle du processus synodal mené dans l’Eglise protestante de France, nous analyserons deux façons de se positionner face aux questions que pose le mariage des couples de même sexe et face aux demandes qu’elles adressent aux Eglises. »
Après un bref temps d’introduction, Alain Roy, professeur de théologie catholique à la retraite, a développé
« Les positions d’évêques de France à l’occasion du débat sur ‘le mariage pour tous’. »
Voici les grandes lignes de sa contribution :
- Il existe deux grands courants chez les évêques de France :
– un discours uniquement basé sur une posture doctrinale et magistérielle
– un discours basé sur une posture réflexive, invitant à la réflexion et au dialogue
- Il souhaite réfléchir à leurs positions en ayant deux questions en tête :
– Comment peuvent se situer des consciences, des institutions et des organisations chrétiennes dans l’espace social Français ?
– A quelles ressources faire appel pour discerner une justesse dans les prises de position et les modalités d’action et pour situer avec pertinence le rapport entre l’être-citoyen et l’être-chrétien ?
- Il identifie cinq arguments saillants, et basés principalement sur l’anthropologie. Remarquons que les évêques ont choisi de ne pas utiliser d’arguments bibliques ou théologiques.
– Il n’y a pas eu de vrai débat dans la société (argument cité par dix évêques)
– Le mariage est dénaturé, banalisé…et l’adoption du projet de loi destructure la société et les individus
– La loi heurte de plein fouet la conception chrétienne du mariage
– Le droit de l’enfant versus le droit à l’enfant
– La théorie du genre, soubassement à la loi
- Il constate qu’un seul évêque a pris une position spécifique : Monseigneur Gaillot.
- Il conclue sur des pistes de pastorale, indispensable depuis que la loi est passée et invite à la lecture du texte Perspectives du Conseil Famille et Société de la Conférence des évêques de France après le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe du 2 juin 2013. Toutes ses sources sont par ailleurs données dans le résumé en PDF de son texte.
S’ensuit ce que certains auraient aimé appeler un débat :
- un jeune séminariste est venu au micro lire Romains 1 avec moult émotion
- un prêtre est venu exposer ses craintes et dénigrer les familles arc-en-ciel à de mi-mot
- et d’autres encore sont venus formuler des remarques qui n’étaient pas des questions
Suite à ces interventions déplorables, le directeur de l’Ecole Doctorale, le professeur Christian Grappe, a rappelé l’objectif d’une journée doctorale : permettre des échanges théologiques réflexifs et non-partisans concernant des sujets en lien avec les textes et les faits religieux.
Isabelle Grellier et Frédéric Rognon (professeurs à la faculté de théologie protestante de Strasbourg) ont ensuite pris la parole tour à tour, pour ce qu’ils ont d’emblée appelé « une étude de cas ». Tous deux rapporteurs synodaux pour l’Eglise Protestante Unie de France (EPUdF), ils ont intitulé leur contribution :
« Vivre la communion au-delà des différences ? Le processus synodal mené dans l’Eglise protestante unie de France. »
L’introduction est consacrée à définir le cadre, qui est celui de l’EPUdF, ainsi que le processus synodal sur ce thème, motivé par les motions des synodes régionaux des années précédentes.
Le point 2 s’intéresse à l’angle choisi pour aborder ce sujet : celui de l’étude théologique approfondie de la bénédiction, que ce soit en paroisse, en région ou en synode. C’est donc l’approche pastorale qui a été privilégiée.
Le point 3 énumère les points de friction, dont deux sont saillants :
- la question de l’autorité des textes bibliques (Isabelle Grellier cite d’ailleurs l’article d’Elian Cuvillier comme étant une belle façon d’envisager la diversité de nos herméneutiques)
- la question de la communion fraternelle
Le point 4 dresse un constat neutre des retombées ecclésiales :
- les réactions post-décision du Synode de Sète ont été exacerbées
- trois paroisses (sur 450) quittent l’EPUdF
- un mouvement, celui des Attestants, est né
- moins de dix couples homosexuels ont demandé une bénédiction jusqu’à maintenant
Pour conclure, les deux professeurs ont souligné combien la soudaine et brouillonne médiatisation autour de la décision de Sète leur a semblé porter préjudice au processus synodal, lui-même apaisé et progressif.
Les prises de parole qui ont suivi ces deux contributions ont été plus mesurées que les précédentes, heureusement.
Mon opinion personnelle :
Ce type de journée de réflexion théologique, ouverte au public et de grande qualité académique, est indispensable concernant les questions éthiques, qui portent toujours en elles le risque de polariser la société en deux camps.
L’approche relativement neutre de tous les intervenants, qui ont proposé des sources et des textes à étudier, en a constitué le point fort.
Nous étions une bonne centaine et de divers pays, notamment du continent africain, et les réactions dans la salle laissaient transparaitre un vif intérêt pour le sujet.