Jean-Luc Blanc, un pasteur-passeur de frontières pour l’Eglise Universelle du Christ!
Jean-Luc Blanc est le pasteur tout-terrain du Defap, le service protestant de mission. Passionné par les relations entre les Eglises, il aime se faire tout pour tous, sans jamais omettre de poser les questions essentielles à des échanges en vérité. Lors d’une formation CPLR organisée au Bénin, il a eu l’occasion d’entendre le pasteur camerounais Jean-Blaise Kenmogne exposer son article dans l’Accueil Radical. Cette intervention l’a amené à lire le livre, qui lui a semblé un apport constructif sur des questions souvent clivantes, en Europe comme en Afrique. Par ailleurs, Jean-Luc Blanc s’intéresse à la questions des musulmans suiveurs du Christ…tout un programme !
Joan Charras-Sancho : Jean-Luc, comment es-tu devenu pasteur au Defap et qu’est-ce qui te plait dans ce mandat ?
Jean-Luc Blanc : Depuis toujours je m’intéresse à ce qui se passe ailleurs, dans les autres cultures. Lorsque je suis devenu pasteur, jai été membre de diverses instances du Defap (commissions, Conseil…etc.), puis je suis parti au Maroc pour une dizaine d’années. Quand je suis revenu en France, j’ai trouvé qu’il était presque naturel de poser ma candidature au Defap !
Joan Charras-Sancho : Comment s’est articulée l’intervention de Jean-Blaise Kenmogne au Bénin et quels sont les nœuds que tu as pu repérer, notamment dans les réactions des pasteurs présents ?
Jean-Luc Blanc : Jean Blaise Kenmogne était invité pour parler du développement holistique, global, de l’humain et de la création à un groupe de pasteurs français et béninois. C’est seulement dans ce cadre là qu’il a abordé la question de « l’Accueil Radical », comme un élément important de ce que l’Église peut apporter au développement d’une société. Il est évident que l’approche de Jean Blaise a de la difficulté à rencontrer ses collègues africains car, en leur disant que l’homosexualité fait partie de l’histoire et de la culture africaines, il donne une image de leur société qu’ils refusent. Le discours ambiant est plutôt celui selon lequel l’homosexualité est venue de l’Occident.
Joan Charras-Sancho : Quelle est l’optique du Defap concernant les questions dites clivantes ou séparatrices ? Comment accueilles-tu les réactions hostiles au ministère pastoral féminin ou à la bénédiction des couples de même sexe ?
Jean-Luc Blanc: Le Defap n’a pas d’autre théologie que celles des Eglises qui le composent. Il essaie donc d’expliquer les prises de position de ses membres à l’étranger, là où celles-ci ne sont pas toujours bien comprises et à l’inverse, le Defap interpelle aussi ses membres à partir de ce qu’il entend ailleurs. Après le vote sur la bénédiction des couples de même sexe de l’Église protestante Unie, le Defap a dû expliquer en de nombreux lieux cette décision, incompréhensible pour beaucoup. Dans l’autre sens, le Defap a aussi fait entendre la voix de ses partenaires aux Eglises de France. Personnellement, j’essaie de m’en tenir à ce rôle, d’autant que les Eglises membres du defap ne partagent pas toutes la même opinion sur cette question. En ce qui concerne le ministère pastoral féminin, les choses sont beaucoup plus simples puisque toutes les Eglises membres du Defap ont la même position, partagée aussi par la plupart de nos partenaires en Afrique ou ailleurs !
Ce que nous pouvons faire au Defap, c’est surtout aider les Eglises, surtout celles de France, à travailler la relation interculturelle et à se poser la question des raisons « cachées » de leurs prises de position. Cela permet de relativiser les choses et d’en parler sans agressivité, ou en tous cas de façon moins agressive, avec les autres !
Joan Charras-Sancho : Dans un article récent, tu as abordé les musulmans en chemin de chrétienté, qui ne franchiront pas le seuil comme nous comprenons une conversion mais qui serons des « suiveurs du Christ » à leur façon. Peux-tu nous en dire davantage ?
Jean-Luc Blanc : Il s’agit de musulmans qui se disent « disciples du Christ », mais qui ne veulent pas pour autant se dire chrétiens ni a fortiori entrer dans l’Église. Je ne dirais pas qu’ils sont « en chemin de chrétienté » car ils ne se reconnaissent pas dans le mot même de « chrétien » ou de « christianisme ». L’un d’entre eux, Mahazar Mlouhi écrivait : « « J’ai été imbibé d’Islam au travers du lait de ma mère… Il a été le berceau qui m’a recueilli jusqu’à ce que je trouve Christ. L’Islam est ma mère. Tu ne peux pas éveiller quelqu’un en lui disant que sa mère est répugnante ! […] Est-ce que nous ne serions pas libres de suivre Christ sans être forcés d’adopter deux mille ans de culture religieuse occidentale ? » Ailleurs Malouhi pose une vraie question : « le Christ appartient-il aux chrétiens seulement ou bien peut-il être « naturalisé » musulman ? » Pour ces « disciples du Christ » qui ne se reconnaissent pas dans le christianisme, l’Église ne signifie pas grand chose. Leur ecclésiologie est quasiment inexistante. Pour ces «croyants », le Coran est un bon chemin vers le Christ, mais le Christ qu’ils adorent est bien celui dont parle le Nouveau Testament et pas seulement celui du Coran. Aujourd’hui, ces proximités entre certains musulmans et la foi chrétienne ont tendance à se développer dans plusieurs pays musulmans. C’est un phénomène auquel, il me semble, il nous revient de rester attentifs…