Gwendoline, maman de six filles et laïque engagée, nous parle d’amour parental inconditionnel
Gwendoline est une chrétienne lumineuse. Mère de famille nombreuse, elle se forme à la théologie et contribue à créer des ponts entre l’Eglise et les personnes plus éloignées. Quand on est avec elle, on sent qu’elle a le souci de l’autre…au nom de cet Autre qu’elle a mis au centre de sa vie.
Découvrez une maman inclusive (et théologienne à ses heures!)
Joan Charras Sancho : Gwendoline, tu es mère de famille nombreuse, laïque engagée, professeure de religion dans une école en Suisse, c’est bien cela ?
Gwendoline : Exactement. Je suis la maman de 6 filles de 6 à 14 ans et j’enseigne aux enfants de 10-11 ans l’éthique et les cultures religieuses. C’est important que ce terme soit au pluriel. Dans le cadre de l’école, je ne suis pas catéchète. C’est vraiment des connaissances que j’enseigne : savoir en quoi croient les fidèles d’une religion ou d’une autre, quelles sont leurs fêtes, quelles sont leurs origines. Le catéchisme, qui est le lieu de la transmission de la foi et du témoignage, se donne ici en paroisse et non dans les écoles… Et je suis aussi catéchète dans ma paroisse.
Joan Charras Sancho : Lors de notre première rencontre, tu m’as évoqué une expérience avec l’une de tes amies, qui ne pouvait pas s’imaginer maman d’un.e enfant transgenre. Pour toi, c’est une possibilité que tu as envisagée à partir de quand ? Y a-t-il eu un élément déclencheur ?
Gwendoline : Il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Je pense que j’ai toujours admis que la possibilité existait, sans que cela ne soit problématique.
Mon but en tant que maman, c’est d’amener mes enfants à l’âge adulte et à l’indépendance, et de les aimer chacune comme elles sont, dans le respect de leur chemin de vie. Pour mon mari comme pour moi, c’est une évidence que si l’une ou l’autre désire changer de sexe, est homosexuelle ou veut rentrer dans les ordres (et donc faire vœu de chasteté), notre rôle de parents est de l’accompagner dans cette définition d’identité, sans l’y enfermer. Mon affection ne va pas changer, ni mon regard sur mon enfant. Un.e jeune qui se rend compte que ses attirances naturelles ne sont pas les mêmes que celles des autres rencontre souvent des difficultés pour s’affirmer, car la société, malheureusement, n’est pas prête à laisser de la place à la différence. En tant que maman, j’aimerais alors éviter d’ajouter une source de tension et de stress dans l’environnement familial, environnement qui devrait être lieu d’accueil inconditionnel plus que tout autre. La sexualité, mais aussi d’autres choix de vie, de mes enfants ne me concerne pas. Pour moi, ça ne change rien à l’amour que j’ai pour ma fille…
Joan Charras Sancho : Tu es membre du comité de rédaction de Vie&Liturgie et tu as, à ce titre, recensé le livre Accueil Radical. Quelles interrogations ce livre a-t-il suscité en toi ? Ou au contraire, a-t-il répondu à certaines questions que tu te posais ?
Gwendoline : En lisant ce livre, j’ai pu mieux comprendre les enjeux de l’accueil radical ainsi que des notions propres à l’accueil des minorités sexuelles. Votre ouvrage m’a beaucoup plu. J’ai particulièrement aimé le chapitre de Muriel Schmidt sur la théologie Queer dont je n’avais jamais entendu parler, ainsi que celui de Jürgen Grauling sur l’expérience d’un débat sur Internet.
Mais pour moi, une question reste entière : en quoi l’orientation sexuelle peut-elle être un critère d’exclusion ? C’est comme le racisme, la xénophobie ou le sexisme, je ne comprends pas…
L’autre est, par définition, différent de moi. Je ne suis pas lui.elle et il.elle n’est pas moi. Dès lors, comment savoir ce qui est bon pour lui, déjà que je peine parfois à distinguer ce qui est bon pour moi !
Joan Charras Sancho : Tu es laïque engagée dans l’EREV. Comment vois-tu l’avenir de la bénédiction des couples partenariés ou mariés de même sexe dans ton Eglise et dans les autres dénominations?
Gwendoline : J’ai été très heureuse d’apprendre que l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, dans le canton voisin, avait accepté le principe d’un rituel pour les couples partenariés de même sexe. C’est un premier pas. J’ai par contre été triste d’entendre parler des vives réactions qui ont suivi cette décision synodale (départ de conseillers paroissiaux, entre autres).
J’espère que les autres Eglises, dont la mienne, auront le courage d’établir de tels rituels, et même d’aller plus loin en donnant la possibilité à leurs ministres de bénir toutes les unions, quel que soit leur type. Pour moi, demander une telle bénédiction est un acte de foi de la part des partenaires, je ne peux fermer les yeux, ni mon cœur, sur la portée d’une telle demande.
Ce n’est pas parce que les couples qui demandent cette bénédiction sont peu nombreux qu’il faut ignorer celles et ceux pour qui cette démarche a du sens. Jésus a certes parlé aux foules, mais il a aussi rencontré personnellement la Samaritaine, Zachée, Marie-Madeleine ou Bartimée.
Jour après jour, nous prêchons en Eglise l’accueil de l’autre… Mais dans la pratique, lorsque l’autre est trop loin des standards, des normes, les portes se ferment. Notre famille l’a vécu durement dans une paroisse qui fut la nôtre : nous étions manifestement trop nombreux et nos enfants trop bruyants pour être accueillis au temple le dimanche matin… Ce qui est intéressant, c’est de savoir qu’aujourd’hui, il y a une garderie dans cette paroisse. Les gens peuvent évoluer, les choses avancent, mais parfois lentement…
Le mariage entre personnes du même sexe n’est pas encore à l’ordre du jour ici en Suisse, mais je suis certaine qu’on y viendra. C’est aussi une question de temps. Je trouve dommage que les décisions des Eglises suivent les lois et qu’elles ne les précèdent pas, particulièrement sur tout ce qui concerne l’accueil.
Joan Charras Sancho : Tu as six enfants et tu côtoies des enfants toute la journée. Qu’attends-tu que l’Eglise mette en œuvre, dans la société, pour que ces enfants grandissent dans le respect de la diversité, comme le préconise l’évêque luthérien Munib Younan ?
Gwendoline : Le respect de la diversité, c’est déjà de mettre des mots sur les différences, c’est de les connaître et de savoir qui on est, de pouvoir le vivre et l’assumer. Pour l’assumer, il est indispensable d’y mettre des mots. Pas des mots qui enferment et emprisonnent, mais des mots qui libèrent et nous permettent de nous révéler, à nous-mêmes et aux autres. Ce n’est pas pour rien, à mon avis, que Dieu nomme les choses lorsqu’il les crée dans le premier récit de la Création, ou que la première mission que Dieu confie à l’homme dans le deuxième récit de la Création est de nommer les choses et les êtres. Les êtres humains que nous sommes ont besoin de savoir clairement de quoi on parle.
Je suis une femme, suissesse, protestante, mère de famille nombreuse et j’assume chaque jour ces identités, et tant d’autres qui font ma personnalité. Je ne me sens pas concernée par les discours qui parlent des « gens », pas plus que par les statistiques qui disent qu’en Suisse, l’indice de fécondité est d’1,54 enfant par femme. Je ne suis pas une moyenne, ni homme ni femme, ni d’ici ni d’ailleurs, ni jeune ni vieille. Je suis moi, avec ma vie, mon passé, mon histoire.
Je suis frappée d’entendre les élèves se décrire : la fille avec les lunettes, le petit blond au pull rouge, la rousse qui a des tresses… mais quand on décrit tout à coup André qui vient d’Afrique, on se perd en circonlocutions : le garçon avec la peau foncée et les cheveux très frisés… Comme si dire simplement qu’il est noir était une grossièreté intolérable et incompatible avec l’accueil et l’intégration.
Tel que je le comprends, l’accueil radical, ce n’est pas prétendre – faussement ! – que nous sommes tous pareils et identiques, c’est assumer nos différences et les voir comme source d’enrichissement mutuel et non comme cause de jugement et de rejet. La différence est un élément positif.
… et l’amour de Dieu est assez vaste pour nous accueillir tous, radicalement, inconditionnellement, dans notre individualité et notre personnalité !