Enfin! L’Italie rattrape une partie de son retard, de Janique Perrin
Janique Perrin a les yeux qui brillent quand elle parle de son expérience en temps que pasteure, pendant dix ans, dans l’Eglise vaudoise d’Italie (Chiesa valdese), où elle a œuvrée au sein de programmes interculturels et inclusifs. Les défis étaient grands avec l’arrivée des nouveaux migrant.e.s africain.e.s ! Actuellement assistante du professeur Askani à la Faculté de théologie de l’Université de Genève, elle s’intéresse également à la civilisation indienne et au bouddhisme et a effectué de nombreux voyages en Orient. Avant d’entreprendre des études de théologie, elle a étudié les lettres et a travaillé comme trader dans le commerce international. Janique a 49 ans, elle vit avec sa compagne à Bienne (Suisse).
– Enfin ! L’Italie rattrape une partie de son retard…
Enfin! C’est un mot qui retentit haut et fort en ce 11 mai 2016 dans l’Eglise vaudoise d’Italie (Chiesa valdese, église unie réformée et méthodiste). Car oui, enfin, le parlement italien a ratifié la loi qui autorise les « unions civiles », c’est-à-dire un partenariat de vie commune entre conjoint-e-s. Cette loi est avant tout destinée aux couples homosexuels qui, en Italie, n’ont pas accès au mariage, mais elle est également ouverte à des couples hétérosexuels ne souhaitant pas se marier.
Enfin, donc, car l’Italie est à la traîne et le pays discute d’une telle loi depuis plus de dix ans. Sans revenir sur les différentes phases qui ont abouti à ce que l’on peut considérer comme une brèche – même si, de fait, cette loi est une sorte de mariage de série B – un élément mérite d’être souligné. En effet, les protestants italiens membres de l’Eglise vaudoise, malgré leur nombre insignifiant (environ 20.000 pour une population totale de 60 millions d’habitants !), ont adopté depuis plusieurs décennies une position ouverte et militante sur la question de l’homosexualité. Cela fait partie de leur engagement social et politique dans la société italienne. Attachés à la laïcité de l’Etat et farouchement opposés à toute ingérence de la hiérarchie catholique dans les affaires publiques, les vaudois ont soutenu dès le départ les propositions législatives en faveur des « unions civiles », mais aussi en faveur de la procréation assistée ou encore du « testament biologique » (directives sur la fin de vie).
Alors oui, enfin ! Car, une fois n’est pas coutume sur ce sujet, l’Eglise vaudoise a pris une décision « prophétique » pour l’Italie en 2010, lorsque le synode national a accepté la possibilité d’une bénédiction pour les couples homosexuels. Une bénédiction qui avait une valeur purement symbolique puisqu’aucun partenariat civil n’existait encore. Le synode de 2014 a adopté, quant à lui, une série de propositions liturgiques spécifiques pour les célébrations de bénédiction de couples gays.
Enfin, enfin ! Satisfaction citoyenne d’abord pour l’ouverture que représente la nouvelle loi sur les « unions civiles » dans une société encore très marquée par la proximité du Vatican. Mais joie évangélique aussi pour l’Eglise vaudoise et ses membres. Des chrétiens et des chrétiennes qui peuvent se réjouir d’avoir livré avec persévérance un combat pour la justice et la reconnaissance, un combat courageux et parfois risqué, mais qui, pour toutes les personnes LGBTQA, chrétiennes ou non, se révèle aujourd’hui pour ce qu’il est vraiment : un acte d’amour et d’espérance ancré dans une foi sincère en Jésus Christ, libérateur de tous-toutes les opprimé-e-s.