D’une communauté monastique à une communauté post-confessionnelle – Un itinéraire de foi hors du commun !
Sabine est venue pour la première fois aux activités interreligieuses et inclusives à Saint Guillaume (Strasbourg) le 06 mars 2016. C’est la lecture d’Accueil Radical, présenté ce jour-là, qui l’a conduite à venir, sur place, découvrir ce dont il s’agissait concrètement. Voici son témoignage, authentique, bouleversant et peut-être même dérangeant pour certain.e.s!
Bien que française née à Strasbourg, je vis en Suisse allemande depuis 2007. Issue d’une famille protestante libérale, j’ai grandi en région parisienne et actuellement âgée de 49 ans, je travaille comme éducateur-chef en internat d’IMP (Institut Médico Pédagogique) pour enfants, adolescents handicapés et autistes en région de Berne. Je suis mariée à Friederike B. depuis deux ans – civilement en novembre 2014 et accueillies en Eglise en juin 2015 -. Ma femme est allemande, originaire de l‘ancienne RDA, mère de trois enfants et fille de pasteur luthérien d’une famille de six enfants.
J’aimerais partager avec vous mon chemin de foi et tout le bien que Dieu a fait dans ma vie à travers la Communauté spirituelle de Katharina – Werk à Bâle.
Une sortie de noviciat difficile : je devais reconstruire ma vie !
Après 7 ans de noviciat dans une communauté protestante monastique en France, éducatrice spécialisée de métier, me voilà seule depuis un an dans un studio et dans l’obligation de redémarrer à zéro. J’étais dépressive et je dois dire que l’envie de quitter cette terre m’habitait, car je n’arrivais ni à trouver une raison de vivre ni l’énergie pour rebondir… En rupture communautaire et familiale, lesbienne et pourtant chrétienne, je voyais régulièrement un psychologue pour ne pas sombrer dans un gouffre d’angoisse d’abandon.
Les exercices spirituels ont été ma voie de salut
Sur les conseils d’une amie catholique, je me suis inscrite à des exercices spirituels au quotidien à faire chez soi incluant la possibilité d’avoir un groupe de partage une fois par semaine et des entretiens individuels d’une demi-heure pendant la période de l’Avent 2009. Ce fut pour moi l’occasion d’essayer de sortir de mon isolement. Je n’avais aucune idée où cette aventure allait m’amener.
Ma première rencontre fut un électro- choc.
J’étais contente d’avoir le courage de sortir de ma coquille mais j’avais aussi très peur de rencontrer d´autres chrétiens et d´être confrontée à nouveau au rejet de ma différence. Je m’attendais à une étude biblique et à des questions générales sur un texte biblique, j’avais même pris mon Nouveau Testament en grec…pour rien ! En effet, on m’a accueillie et on m’a invitée à m’asseoir par terre, en rond avec d’autres inconnu.e.s sur un tapis. Après avoir chacun.e donné.e son prénom (pas plus !), nous avons été invité.e.s à faire des exercices de relaxation, avec des thèmes comme le grain, le jardin ou la lumière.
Ces temps de méditation utilisent différents supports créatifs qui amènent à un dialogue intérieur : dessiner, planter un graine en terre, allumer une bougie, choisir une belle pierre, dans le silence. S’ensuit un temps de partage libre sur ce qui nous est venu pendant la soirée, au travers d’un mot, d’une image ou d’un objet. Nous sommes invités à approfondir ces thèmes, chaque jour pendant 10 minutes si possible.
La découverte de l’accueil inconditionnel
Suite à cette première rencontre, j’étais déboussolée mais, intérieurement, un soulagement naissait en moi. Bien que je ressentais une vraie intention d’accueillir inconditionnellement, dans l’ouverture à la singularité de chacun.e, je restais très méfiante et longtemps sur la défensive, prête à sortir les griffes si nécessaire afin de marquer mon territoire et assurer ma survie. Aujourd’hui, je veux faire connaître cette communauté, son histoire et sa spiritualité, pour que d’autres croyants trouvent un chemin de réconciliation, comme moi !
Une brève description de Katharina – Werk à Bâle
Cette communauté, d’origine catholique, est devenue officiellement oecuménique depuis 2004. Elle s’oriente aussi vers le dialogue interreligieux et accueille pleinement tous les états de vie, notamment les personnes vivant à la périphérie de l´Eglise pour des raisons diverses, entre autres mais pas uniquement les personnes homosexuelles en couple ou célibataires. Katharina – Werk offre des espaces et des temps de réconciliation, que ce soit avec soi-même ou avec les autres, en développant une relation à Dieu nourrie par une spiritualité très imprégnée de la compréhension de monde selon Pierre Teilhard de Chardin.
Les point théologiques et spirituels qui ont réformés ma compréhension de Dieu, du Monde.
« Tu es la Bienvenue comme tu es. Tu ne dois rien prouver et parler de ton appartenance à une église précise. Que tu sois docteure ou femme de ménage, religieuse ou pas, tu es toi et a suffit. »
Voilà le message vécu non verbal que j’ai reçu, déstabilisant, bouleversant mais réel ; je vivais enfin un accueil inconditionnel de ma personne et cela au nom d’un Dieu universel incarné en un Christ qui habite en toutes formes de vie sur terre. Un Dieu qui a créé toutes les Créatures sur terre et l’Humain à son image et il n’y a pas d’erreur dans la diversité de l’être humain, il est en devenir, il évolue constamment, ce n’est pas figé!
Le Dieu de Teilhard de Chardin est un Dieu qui vient à notre rencontre, il veut un union avec nous, un Dieu Un et Multiple, pour qui la diversité n’est pas un problème.
Les conséquences dans ma vie de foi
Cette vision de Dieu et de l’humain a totalement changé ma vision de Dieu, de moi-même, de l’Humain. En chaque créature, il y une part du Christ Universel dit Teilhard de Chardin ; mon homosexualité n’est pas un problème pour Dieu et je ne suis pas » impure » car je suis créée à Son image, dans la diversité de Sa création.
J’ai alors compris que mon amour pour les femmes n’est pas un déviance mais une divergence qui a sa place dans la Création. Si le Christ vit en moi sans que je cherche à gagner son Amour, ma responsabilité est de le laisser grandir en moi en disant OUI à qui je suis.
Mes amis « conservateurs » n’ont pas compris cette évolution mais certains ont vu ma joie de vivre grandissante et une paix profonde m’habitait, me donnant des ailes pour prendre l’envol de la liberté intérieure: la clef du bonheur. Certains continuent la route avec moi, d’autres ne souhaitent plus avoir de contact. Chacun évolue à son rythme, ainsi va la vie…
Je terminerais en disant que » l’accueil radical » n’est pas, pour moi, une option pour l’Eglise mais l’essence même de la nature de Dieu, qui est accueil et amour.
Je sais à présent que je fais partie de cette Eglise, telle que je suis.
Esaie 43 « Ne crains pas, je suis ton Dieu, je t’appelle par nom, tu es à moi. »
Berne, 28.02.2016. Denise-Sabine BRELAUD