Discerner la bénédiction : une expérience en communauté

Discerner la bénédiction : une expérience en communauté


Julien Giraud-Destefanis est un (jeune) homme de foi, au sourire bienveillant et rassurant. Epanoui dans sa paroisse de Nice (EPUdF), il y est prédicateur laïque. Dans le texte qui suit, il nous décrit, avec pudeur, son cheminement personnel et conjugal vers un moment spirituellement important pour le protestant pratiquant qu’il est : la bénédiction de son union dans le Temple où il officie. A lire comme un témoignage précieux et unique !

 

Discerner la bénédiction : une expérience en communauté

 

Certain·e·s déclarent que c’est un choix. Qu’il faut l’accepter, le décider. Que cela peut se refuser, qu’on peut s’en libérer. En ce qui me concerne, je n’ai pas eu le choix. Je l’ai toujours senti, je l’ai toujours su et cela a toujours été une évidence. Certes, j’ai eu des moments de doutes, de révolte, j’ai souhaité qu’il n’en soit pas ainsi, j’ai souhaité même quelquefois en être libéré, et j’ai même tenté de vivre comme si cela n’était pas. Oui, mais voilà, j’ai toujours été rattrapé par cette petite différence, cette façon de vivre qui pose encore, et surtout au vingt-et-unième siècle, tant de question et fait couler beaucoup d’encre, provoque tant de réactions, pousse à tant de rejet et d’étonnement. Oui, c’est comme cela, je n’y peux rien, je n’ai pas choisi, je n’en rougis pas : j’ai la foi.

 

Avoir la foi, un cheminement

Car la foi est l’élément central dans la vie de celle/celui qui la reçoit, elle façonne, déroute, démolit et reconstruit. Elle ne saurait être un choix et ne demande aucune approbation. Elle est un don total et gratuit de la part de Dieu. Elle n’attend pas qu’on l’accepte, mais au contraire, elle nous redit sans cesse que Dieu nous a désigné·e·s selon son choix le plus souverain pour être son enfant adoptif-ve, bien-aimé·e et sauvé·e. La foi s’impose à celle/celui qui la reçoit, quelle que soit sa vie, son âge, son histoire, et Dieu n’a besoin de personne pour faire naître la foi chez les un·e·s et chez les autres, les plus sages ou les plus vils, les plus fort·e·s ou les plus faibles. La foi permet ce lien intime, personnel, perpétuel, entre Dieu et soi, elle tisse l’apprentissage le plus difficile, celui de lâcher prise dans l’élaboration de notre salut, auquel nous ne pouvons personnellement rien, mais qui dépend de la grâce absolue de Dieu. Ce lien s’élabore tout au long du temps, il se tend ou se distend, il est quelquefois conscient, quelquefois inconscient, et rien ne peut s’interposer, rien ne peut le rompre, si ce n’est Dieu qui en est le seul instigateur.

 

Vivre sa foi en communauté

Vivre en communauté, comme la foi nous y appelle de façon irrésistible, c’est être poussé·e à la rencontre avec d’autres individualités qui ont reçu, dans leur histoire, dans leur parcours de vie, cet appel exigeant de Dieu. Rencontre improbable, avec mes sœurs et mes frères qui ont la foi, avec qui je partage cette soif de la Parole de Dieu, mais que je n’aurais peut-être jamais fréquenté en dehors, parce que nous n’avons pas forcément la même culture, la même histoire, la même identité, les mêmes engagements, les mêmes goûts et les mêmes opinions. La foi dépasse tout cela, et c’est autour de la Parole de Dieu que la rencontre devient possible. Et si la foi est un don total auquel nous ne pouvons rien, il ne peut être possible de juger de la foi d’autrui, de la graduer, de l’évaluer. L’abandon à la foi seule au sein de la communauté permet d’y inclure tout un chacun, dès lors qu’il ressent profondément que, contre toute attente, sa place est ici car Dieu l’y a installé.

 

Gay et chrétien, au carrefour des préjugés

Ce qui fut pour moi le plus dur à assumer, finalement, ne fut pas ma vie privée, mon couple, car j’ai la chance d’être né dans une grande ville, au sein d’une famille éclairée, mais bien la foi qui est pour moi irrésistible. Bien souvent, l’on m’a dit, étonné·e, parmi les personnes LGBTQ : « Mais, tu vas à l’église ? C’est pas trop dur ? » Ou bien : « Les églises ont fait tant de mal au gays, qu’il est hors de question que j’y mette les pieds ». Au plus profond de moi, j’ai bien envie de répondre que non, cela n’est pas évident, car l’église est encore une des dernières associations où l’homophobie a été constitutionnelle, où effectivement, je me mets de mon propre chef en danger de me prendre en pleine figure une remarque blessante ou une mise à l’écart insidieuse. Oui, ma raison me faisait admettre ces propos, et oui, j’aurai toutes les raisons de partir en courant et d’occuper mes dimanches à autre chose. Mais si je demeure dans la communauté des chrétien·ne·s, c’est que j’ai la certitude de Dieu, que l’on peut altérer mon lien avec l’Eglise mais en aucun cas mon lien personnel avec Dieu. Si je demeure aussi dans l’Eglise, c’est que les propos moralisateurs comme « Dieu n’approuve pas ce que tu fais », ou « C’est mal, Dieu te voudrais autrement » ou pire, ceux qui se déclarent capables de guérir ou d’exorciser ne peuvent altérer la foi. En effet, qui peut dire qu’il est capable de s’immiscer dans la relation personnelle que Dieu instaure avec un individu ? Qui peut faire entendre à quelqu’un qui se sent profondément adopté par Dieu, dans ce qu’il est, à la fois saint et pécheur, que Dieu ne l’aime pas comme il est ?

 

Une exigence de chaque jour, de belles surprises aussi !

Etre gay dans une communauté chrétienne, c’est se poser beaucoup de questions : dois-je me faire discret ? Le cacher ? Dois-je m’effacer ? Suis-je condamné au hiatus entre ma vie dans l’église et hors de l’église ? Mais lorsque j’ai rencontré mon époux sur les bancs du temple, en plein culte, il n’était pas question de se cacher, de le taire. Alors, ce fut la communauté qui fit le premier pas, et beaucoup de paroissiens que nous fréquentions nous firent finement comprendre leur joie de nous voir ensemble, et firent se répandre la nouvelle de notre mise en ménage.

 

Un appel communautaire à servir

Cela aurait pu en rester là, avec des personnes qui n’y voyaient pas d’inconvénient, et d’autres, taciturnes, que cela dérangeaient, si notre pasteure et des membres du conseil presbytéral, en pleine connaissance de cause, ne nous sollicitèrent pas pour nous engager dans la prédication au sein de notre communauté. Cette proposition, en plein débat politique sur le mariage pour tous, déclencha quelques refus, et provoqua le départ d’un petit nombre de personnes. Mais cette proposition détourna surtout l’attention, la colère, sur la communauté plutôt que sur nous. Ce détournement ne s’est depuis, plus jamais démenti.

 

La décision de Sète, un élan communautaire salvateur

Lorsque le débat sur la bénédiction des couples de même sexe à l’occasion de leur mariage a été lancé dans les communautés locales, nous avons finalement peu pris la parole, et nous avons été peu sollicité pour le faire. En effet, le témoignage de la présence dans la communauté, le fait d’être considérés comme des chrétiens avant tout, l’engagement dans la paroisse en disent quelquefois plus que les prises de parole. Certes, la décision du 17 mai 2015 n’a pas été accueillie d’un bon œil par tous, mais elle a été une fois de plus pleinement assumée par la communauté. En ouvrant la bénédiction aux couples de même sexe à l’occasion de leur mariage, l’Eglise protestante unie de France s’est mise dans la posture de supporter et d’assumer l’opprobre dont les LGBT étaient les seules cibles. La communauté s’est alors substituée aux individus, et lorsqu’on cherche à ostraciser quelqu’un·e pour ce qu’il est, c’est la communauté entière qui est remise en question dans ses décisions et ses convictions. En cela, l’EPUF, en se mettant à contre-courant de là où l’on attendrait les religions, c’est-à-dire dans le moralisme traditionnel, ne s’est pas mis dans la posture de valider un modèle de conjugalité, mais a proclamé l’action souveraine de Dieu et le don de la foi dans la vie d’individus qui font le choix de vivre ensemble.

 

La joie de la bénédiction ne se dément pas

Deux ans après cette décision, et notre mariage qui a eu lieu le 24 octobre 2015, la joie de la bénédiction ne se dément pas, et nous recevons à chaque moment des marques d’amour fraternel dans la communauté, dans la mesure où notre conjugalité n’est plus une question essentielle, mais bien la question de la vie ensemble, appelés à la foi par Dieu seul. Ainsi, l’accueil de tous dans l’Eglise ne doit avoir comme point d’ancrage que cette reconnaissance de la foi d’autrui, des marques de ce que Dieu pose dans sa vie, pour discerner ensemble sa bénédiction.

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