« Accueillies et bénies pour leur mariage dans une église luthérienne, Alexandra et Claire-Marine témoignent! »

« Accueillies et bénies pour leur mariage dans une église luthérienne, Alexandra et Claire-Marine témoignent! »


Dynamiques professionnellement, Alexandra et Claire-Marine sont aussi  deux jeunes mariées pratiquantes, soucieuses de vivre leur foi et leur vie de couple « comme n’importe quel couple ». Prions pour que cette interview soit le signe qu’une nouvelle génération de jeunes couples auront été accueillis, enfin, d’une manière inclusive.

Joan Charras-Sancho : Alexandra et Claire-Marine, est-ce que vous pouvez nous raconter comment vous vous êtes rencontrées ?

Alexandra : Nous nous sommes rencontrées en novembre 2011, à l’occasion d’un weekend national de l’association “David et Jonathan”.

“David et Jonathan” (D&J) est un mouvement homosexuel chrétien ouvert à tous et toutes, il s’agit d’ailleurs de la plus vieille association LGBT encore en activité (plus de 45 ans !).

Je suis membre de D&J depuis 2008, et j’y suis très attachée car c’est grâce à cette association et aux personnes que j’y ai rencontré que j’ai enfin réussi à vivre pleinement ma vie affective en tant que femme homosexuelle et chrétienne.

Claire-Marine. Quant à moi, j’ai rejoint D&J en 2011 grâce à une de mes amies qui m’a convaincue de venir à un de leur week-end à la Pentecôte, puis à ce fameux week-end de novembre, organisé par le groupe “Femmes”, où j’ai rencontré Alex….  

David et Jonathan joue donc un rôle important dans notre histoire et nous y sommes plutôt actives. Nous nous sommes notamment engagées ensemble dans la commission « Planète Jeunes », qui organise des week-ends thématiques nationaux ouverts aux jeunes de l’association.

Aujourd’hui, étant donné que nous avons dépassé la trentaine, nous ne faisons plus partie de ce groupe mais sommes toujours engagées à D&J. Par exemple Alexandra tient régulièrement des permanences d’accueil le vendredi soir au local de l’association et y anime aussi des cycles d’accueil.

 

Joan Charras-Sancho : Vous avez demandé la bénédiction nuptiale de votre union dans une paroisse luthérienne. Par quel chemin êtes-vous arrivées dans cette paroisse ?

Alexandra. Il s’agirait plutôt de plusieurs chemins ! Celui vers le protestantisme tout d’abord, puis celui qui nous a fait rencontrer la paroisse du Bon Secours où nous nous sommes mariées.

Nous sommes toutes les deux nées dans des familles de tradition catholique et avons,  chacune à son propre rythme, évolué dans notre rapport à notre foi et aux institutions pour nous considérer dorénavant comme protestantes.

Progressivement nous ne nous sommes plus senties à notre place dans l’Eglise catholique, et les raisons sont nombreuses et variées: la place des femmes, le poids de la hiérarchie, une liturgie et des rites rigides qui ne faisaient plus sens pour nous, l’infaillibilité pontificale…tandis que chez les luthéro-réformés nous avons découvert une organisation plus démocratique, le sacerdoce universel, et bien sûr une considération et un accueil des personnes homosexuelles bien plus ancré et “officiel”, sans nous contraindre à l’abstinence.

Claire-Marine. Le rôle que l’Église Catholique française a joué dans le mouvement de la «Manif pour Tous» en 2012 et 2013 a également pesé lourdement dans la balance.

Alexandra. Il nous importe cependant de souligner que nous ne sommes pas tournées vers une paroisse luthérienne par opportunisme après la décision de Sète, mais qu’il s’agissait vraiment de l’aboutissement d’un cheminement entamé bien avant notre rencontre et notre désir de nous marier.

Nous avons par ailleurs un grand respect pour nos ami-e-s catholiques qui malgré tout font le choix de rester et de changer les choses de l’intérieur, mais pour nous cela n’était pas possible.

Claire-Marine. Notre rencontre avec la paroisse du Bon Secours, nous la devons elle aussi à David et Jonathan. Nous avons rejoint en janvier 2014 une activité nouvellement créée par le groupe Protestants de D&J Paris-Île-de-France : un groupe de prière oecuménique co-organisé par D&J et la paroisse luthérienne du Bon Secours. Ce groupe se réunit depuis tous les mois et rassemble des paroissien.ne.s et des membres de l’association, nous y partageons des lectures de textes (issus de la Bible ou profanes), des prières, des chants et bien sûr le verre de l’amitié. Alex et moi avons eu un vrai coup de foudre pour la paroisse, pour son Pasteur Daniel (qui depuis a pris sa retraite) et sa femme Brigitte. On ressent au Bon Secours une vraie volonté de bienveillance et d’accueil inconditionnels.

Alexandra. Lorsque nous avons décidé de nous marier, il nous a semblé évident de demander à Daniel de bénir notre union, ce qu’il a accepté avec enthousiasme, même s’il a dû faire face à certaines critiques. Daniel nous a donc préparé au mariage pendant un an, de la même manière que n’importe quel autre couple, et nous avons organisé ensemble la célébration, ce qui a nécessité parfois un peu de créativité et d’imagination, car il n’existait pas de liturgie officielle pour notre situation.

 

Joan Charras-Sancho : Il se trouve que vous avez probablement été le premier couple à être béni à l’église après la décision de Sète. Qu’est-ce que cela signifie pour vous?

Claire-Marine. Pour nous la décision de Sète a revêtu une importance capitale ! Nous gardons un souvenir encore très vif de ce 17 mai 2015, nous étions en weekend avec des amis de D&J à Marseille et nous avons passé la journée branchés sur les réseaux sociaux et lorsque le résultat à été annoncé nous avons tous sauté de joie. Cela nous a même valu une interview sur RTL à notre retour !

Cette décision, elle signifie tout simplement que nous sommes considérées en tant que “vrai” couple dans notre église. Que notre couple et notre union ont pour notre Église autant de valeur et de légitimité qu’un couple formé d’un homme et d’une femme.

Nous nous sommes rendues compte aussi que le vote avait eu un effet très positif vis à vis de nos familles. Constater qu’une importante institution religieuse, “respectable”, comme l’est l’Église Protestante Unie de France, prenait une position nette en faveur des couples de même sexes a pu aider certaines personnes de la famille à mieux accepter notre union et la cérémonie religieuse.

Alexandra. Nous avions évidemment commencé nos préparatifs de mariage bien avant le vote, et nous étions déterminés avec notre Pasteur à faire la cérémonie de bénédiction, et ce quelque soit le résultat du vote. Ce qui a contraint notre Pasteur à réfléchir à un voire plusieurs “Plan B” si jamais le vote était négatif. Mais notre bénédiction aurait alors été célébrée de façon “officieuse” et dans un autre lieu que l’Église du Bon Secours. Cela aurait été la même situation que pour nombre de couples catholiques qui organisent des cérémonies de bénédiction à l’occasion de leur mariage ou de leur PACS, mais qui ne peuvent pas se dérouler dans une église et au sujet desquelles le prêtre “rebelle” doit être très discret.

Grâce à la décision de Sète notre cérémonie de bénédiction s’est faite au grand jour, au sein de la paroisse et de l’Eglise que nous avons choisi.

Je me souviens ainsi avec beaucoup d’émotion que nous avons inauguré le registre paroissial flambant neuf. Notre union fait dorénavant partie de l’histoire de la paroisse, ce qui n’aurait pas été le cas si nous étions mariées avant le vote du 17 mai de l’EPUF.

Claire-Marine. Le fait d’être le premier couple (ou plus probablement parmi les premiers) à avoir été béni après le vote ne revêt pas d’importance particulière pour nous, car nous n’en avons aucun mérite. C’est juste une très belle coïncidence, nous avons bénéficié du travail d’hommes et de femmes qui militent depuis de nombreuses années au sein des institutions pour toujours plus d’inclusivité.

 

Joan Charras-Sancho : Deux ans et demi après la décision de Sète, quels sont espoirs et vos doutes?

Claire-Marine. Au niveau de la société civile, nous attendons encore une évolution de la législation française relative à la PMA pour toutes les femmes. Etant donné que le conseil consultatif d’éthique a rendu un avis favorable, nous espérons que cela ira vite. Mais nous ne sommes pas sereines, la “manif pour tous” est déjà en train d’affuter ses arguments…. Et nous n’avons pas du tout envie de revivre les violences du débat sur le mariage pour tous.

Alexandra. Quant aux diverses institutions religieuses, nous avons encore beaucoup d’attentes !

Chez les catholiques, nous aimerions a minima une évolution du catéchisme sur la question de l’homosexualité, pour sortir de la position de désordre intrinsèque et de l’injonction à l’abstinence.

Nous avons aussi de grandes inquiétudes concernant certains courants évangéliques qui se distinguent de plus en plus en ce moment par des attitudes violentes de rejet et d’exclusion. J’ai ainsi accueilli à David et Jonathan plusieurs jeunes évangéliques homosexuel.le.s complètement déboussolés et perdus, qui n’avaient devant eux que le chemin de la “guérison” ou celui de la double-vie….  

Parmi les protestants de l’EPUF nous sommes assez inquiètes également du développement du mouvement des attestants, qui s’est créé dans la foulée du vote de Sète. Nous espérons que cela ne va pas engendrer un clivage plus important encore.

À côté de cela heureusement un grand nombre de paroisses telles que le Bon Secours s’engagent pour toujours plus d’inclusivité.

Parmi les protestants de l’UEPAL nous aimerions que comme l’EPUF une position engagée soit adoptée au regard des bénédictions de couples de même sexe.

Mais avec des initiatives telles que celles de l’antenne inclusive de Saint Guillaume nous avons le sentiment que c’est sur la bonne  voie…

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