François, jeune diacre de l’Eglise Protestante Unie de Belgique, veut annoncer un Evangile ouvert, inclusif et aux couleurs de l’arc en ciel!

François, jeune diacre de l’Eglise Protestante Unie de Belgique, veut annoncer un Evangile ouvert, inclusif et aux couleurs de l’arc en ciel!


François Thollon-Choquet, étudiant en théologie protestante, est secrétaire et diacre de l’Église protestante du Musée à Bruxelles. A côté de cela, il est aussi responsable du Pôle Famille du Carrefour de Chrétiens Inclusifs.

François est un jeune chrétien, fraîchement marié, dont le goût du service et l’appel pour rendre l’Église plus inclusive sont autant édifiants que touchants.

Si vous êtes dans la région, venez le saluer lors d’un culte dominical à l’Église du Musée ou même tout bientôt, lors de la veillée en hommage aux victimes du terrorisme à Orlando, ce jeudi à 18h30. Ce sera une prière bilingue français-néerlandais, dans un esprit d’ouverture aux autres convictions.

 

Joan Charras Sancho : François, tu es diacre à charge spéciale dans une paroisse de l’EPUB. Peux-tu nous dire en quoi cela consiste ?

François Thollon-Choquet : A vrai dire, j’assume un double ministère au sein de mon Église. Au niveau national, je suis en charge de la communication numérique francophone. C’est un travail passionnant, plein de défis à relever et de questionnements, que nous assumons (avec le service com’) dans un esprit missionnaire. Nous sommes sur un gros dossier, en ce moment : la création d’un nouveau site, trilingue et tourné vers l’extérieur. C’est vraiment un ministère d’annonce, pour moi. D’autre part, je suis diacre de l’Église de Bruxelles-Musée. C’est une tâche plus sociale, qui va du secrétariat à la co-organisation de célébrations (comme pour demain soir, par exemple). D’aucuns pensent que c’est un ministère administratif, c’est vraiment mal connaître la réalité d’une paroisse.

 

Joan Charras Sancho : L’Église pour laquelle tu travailles a acté l’an dernier le fait que l’orientation sexuelle des candidats ne pouvait pas être un obstacle au ministère. Elle a aussi décidé, il y a une dizaine d’années que les couples homosexuels pouvaient être bénis, si la paroisse et le pasteur sont d’accord.  Y a-t-il un groupe d’opposants comme les Attestants ? Quels enjeux théologiques vois-tu ?

François Thollon-Choquet : Oui, un groupe s’est constitué sous le nom d’Unio Reformata et assume ses liens avec les Attestants. Ce groupe a récemment célébré un culte d’actions de grâce marqué par la piété et le recueillement. Vouloir redynamiser l’Église, si tel est vraiment le but, pourquoi pas ? Même si c’est dommage de ne pas se mettre au service de groupes de formation déjà présents…

Je vois deux enjeux. Au départ, ne nous leurrons pas, les opposants à la consécration pastorale de personnes LGBT sont, mutatis mutandis, les opposants au ministère féminin. A la racine de positions homophobes, il y a presque toujours une misogynie inavouée. Je sais qu’il faut croire qu’on peut être opposé à la consécration pastorale de personnes LGBT sans être homophobe et je ne veux insulter personne. Mais pour moi aujourd’hui, c’est difficile à croire. Donc, premier enjeu : l’égalité homme/femme et l’homophobie religieuse.

Ensuite, il y a un enjeu ecclésiologique. Essayer d’évacuer le problème en disant « les homosexuels peuvent être pasteur.E.s dans telle ou telle paroisse, mais pas dans la nôtre, l’honneur est sauf », c’est fermer les yeux sur l’évolution sociologique de nos Églises. A moyen terme, les ministres seront appelés à être beaucoup plus mobiles en fonction de leurs goûts, de leurs talents et des attentes des différentes communautés. Les communautés resteront des communautés même si elles n’ont pas un ministre à demeure.

 

Joan Charras Sancho : Localement, dans ta paroisse, vous réfléchissez à être une église pleinement inclusive. Quelles pistes as-tu vu dans le livre, adaptables dans votre contexte ? Comment vis-tu au quotidien ce défi ?

François Thollon-Choquet : En effet, l’Église du Musée peut être considérée comme une Église inclusive, même si elle n’affiche ni ne revendique rien. C’est sans doute à réfléchir. Les pasteurs sont vraiment interpelés par l’inclusion des personnes LGBT, je ne me fais donc pas trop de souci pour ça.

Plusieurs choses m’ont beaucoup plu dans le livre. J’en développerai deux.

D’abord, l’article de notre ami Yvan Bourquin : croire en un Dieu inclusif ou exclusif. C’est vraiment très intéressant. Pour moi, l’inclusivité est un status confessionnis. Je comprends donc que les Églises s’écharpent. Dans notre paroisse, nous avons le projet de réfléchir à la déclaration de foi. L’inclusivité est quelque chose que nous devrons garder en tête.

En outre, j’ai apprécié que Stéphane Lavignotte donne une définition claire de l’inclusivité : « se donner les moyens pratiques d’un accueil qui tende vers l’inconditionnel » (je cite de tête). Dans mon ministère paroissial, j’aimerais déceler ce qui empêche les nombreuses personnes qui passent dans notre quartier (le Mont des Arts) de pousser la porte de l’Église. J’aimerais aussi savoir que faire avec les personnes sans abri qui dorment dans le coin.

 

Joan Charras Sancho : Le CCI est devenu une association structurée, internationale. Avant, tu étais dans le bureau et maintenant, tu es responsable du Pôle Famille. Quels sont tes projets pour ce Pôle ?

François Thollon-Choquet : Servir l’Évangile au sein du CCI est une joie et nous avons vécu la naissance officielle du « Carrefour des chrétiens inclusifs, réseau international francophone » dans la louange et la reconnaissance. Le Pôle Famille est super motivé. Nous avons trois projets en cours. D’abord, la traduction et l’édition d’un album pour enfants qui parle de Dieu et des familles dans un esprit inclusif. Nous sommes en relation étroite avec l’auteure, une pasteure américaine, et espérons une issue d’ici la fin de l’année. Ensuite, nous voudrions proposer un weekend convivial pour les familles homoparentales et leurs amies, dans l’esprit du christianisme inclusif. Nous concoctons pour cela un chouette programme. Affaire à suivre… Enfin, nous aimerions développer des relations avec les pastorales conjugale et familiale et les services de catéchèse de nos Églises pour voir comment sensibiliser leurs acteurs à l’inclusivité.

 

Joan Charras Sancho : La tuerie d’Orlando a été comme un électro-choc. Comment avez-vous réagi dans ta paroisse ?

François Thollon-Choquet : Nous avons été bouleversés, bien sûr. J’ai proposé qu’on organise un temps de prière très simple pour les personnes qui le souhaitent. Les pasteurs et le bureau du consistoire ont tout de suite accepté, avec générosité. A cela deux arguments : il est légitime de prier en mémoire de ces victimes et, si notre paroisse ne le fait pas, qui le fera ?

En mars, suite aux attentats de Bruxelles, nous étions sous le choc de façon beaucoup plus brutale : ça s’est passé dans notre ville. Le culte du Vendredi Saint avait été marqué par cela et nous avions prié, dans le silence, abasourdis.

La célébration de demain soir sera marquée par l’espérance, la lumière, le recueillement. Des pasteur.e.s et des prêtres seront là pour écouter les personnes qui le souhaitent. Bien sûr, nous élargirons notre prière à toutes les victimes du terrorisme et de la violence dans le monde.

 

Joan Charras Sancho : Pour terminer,  quels sont les défis de l’EPUB actuellement, plus spécifiquement au niveau de l’accueil radical ?

François Thollon-Choquet : Des groupes aux avis divergents peuvent exister au sein de l’Église, c’est dans l’ADN de l’EPUB, je crois. Mais je dirais que, face aux résistances, le défi est que nous continuions à avancer ensemble. Et nous avons la chance d’avoir un président qui prend grand soin de l’unité de l’Église qui lui a été confiée. Le Seigneur fera le reste.

 

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